Le "revers de la plume" : textes personnels, coups de coeur littéraires et professionnels...

 

Ce blog a pour objectif de présenter mon écriture dans sa dimension plus singulière, dans le miroir de laquelle se reflète mon goût des mots et de l'autre.   

 

Je propose ici des textes courts, des extraits de récits fictionnels, ainsi qu'une sélection improvisée d'articles de presse ou de livres ayant retenu mon attention.

 

Certains textes sont des exercices de style écrits en quelques minutes, issus de ma formation de biographe, prétextes à un peu de recul et d'autodérision sur la démarche de l'écrivain pour autrui, ses doutes, et les idées fausses sur ce métier. 

 

C'est une fenêtre ouverte sur un regard personnel, au service des professionnels.

 

                                                                                                           Mickaël Mélin 

jeu.

30

mai

2013

Les "Dix mots" - Edition 2012

 

Chaque année, à l'occasion de la Semaine de la langue française et de la Francophonie (en mars), les amoureux de la langue de Molière à travers le monde se donnent rendez-vous pour jouer sur les mots, autour des mots.

Du vers à la prose, du slam au court métrage, tous les moyens d'expression sont valorisés. Une seule règle : se faire plaisir, le temps d'un bon mot.    

 

L'édition 2012, sur le thème "Dis-moi dix mots qui te racontent", proposait d'investir dix mots parsemant l'oeuvre de Jean-Jacques Rousseau, célébré pour le tricentenaire de sa naissance : âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, penchant, songe et transports...

 

 


Ma contribution au concours 2012, avec le texte Passé simple :

 

"C’est une histoire que je ne saurais vous raconter. Une histoire qui s’écrit au passé, simple, imparfaite, et composée de mille petites choses aussi anodines qu’indispensables, un entrelacs de songes éveillés où le quotidien s’écrit sans que l’on y prenne garde, dans la torpeur des jours heureux.

 

Aujourd’hui, je ne peux qu’en dire la saveur douce-amère, et les brumes que treize années ont déposées sur mes souvenirs...    

 

Elle est entrée dans ma vie au détour d’un matin, au détour d’un regard, dans une petite rue passante éclaboussée de lumière pâle. J’ai senti à cet instant que mon cœur pourrait s’arrêter de battre. J’ai suivi des yeux cette silhouette de femme, cette apparition brune enveloppée de tissu clair qui marchait d’un pas vif et s’éloignait déjà dans le flot des piétons anonymes. Je ne suis pas d’un caractère impulsif ; je l’ai pourtant rattrapée avec l’audace des timides,  l’obligeant à s’arrêter. Et je lui ai parlé, de tout, de n’importe quoi, de sa robe à fleurs bleues et du destin. J’avais dix-sept ans.

 

Nous avons mêlé nos pas sans réfléchir, comme deux enfants qui se découvrent et s’émerveillent. 

 

Jour après jour, je l’ai regardée vivre. Je lui enviais cette aisance à être autrement, l’âme offerte au regard sans fausse pudeur ni exhibitionnisme… Elle savait cueillir l’instant présent comme un bien précieux, et une fin en soi. Je n’ai jamais vraiment su faire mienne cette culture du dépouillé, du naturel, ce penchant du cœur pour la simplicité.   

 

Le jour de mes dix-huit ans, elle m’a offert un livre qu'elle a beaucoup aimé : L'éducation d'une fée, de Didier Van Cauwelaert. Je ne l'ai pas vraiment lu ; c’est plus tard, bien après elle, bien après nous, que je le relirai. Je regretterai alors de ne pas m'être plus ouvert à elle, assujetti comme je l'étais à mes transports d’adolescent…  

 

Je me souviens l’envie, pourtant. L’envie de me remplir d'elle. De son sourire, sa joie de vivre comme une évidence. Je désirais tant la rallier à ma cause, lui ouvrir les portes de ma cellule pour y faire entrer un peu d'air. Lui confier mes rêves de funambule, ma terreur du vide et la supplique muette qu’une main se tende…

 

Pendant presqu’un an, elle a été mon chez-moi. Et puis, un matin, au détour d’une dispute, elle a changé d’adresse."

 


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jeu.

30

mai

2013

La Grande Librairie : N. Régnier et G. Gallienne lisent Umberto Eco

Le 20/12/2012, émission La Grande Librairie présentée par François Busnel sur France 5, en direct du Théâtre National de l'Opéra Comique.

 

Guillaume Gallienne et Natacha Régnier lisent "Nous sommes au regret", extrait de Pastiches et Postiches d'Umberto Eco. 

 

Ce texte croque avec humour et férocité le portrait d'un éditeur opposant d'invraisemblables refus à quelques auteurs "insignifiants" de l'Histoire littéraire : Homère pour l'Odyssée, les auteurs de la Bible, Dante et sa Divine Comédie... Rien que ça !

 


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ven.

24

mai

2013

Un homme debout

Impérial, il trône dans le salon, vigilant, droit sur ses pieds refaits à neuf. Dos au mur, mais sans angoisse. Il est l’observateur attentif de la vie familiale, le témoin silencieux des scénettes d’un quotidien sans cesse renouvelé.

 

Il est là, massif, trop peut-être ; combien de fois, enfant, me suis-je heurté à son bois dur en dégringolant deux à deux les marches de l’escalier sur lequel il déborde ?

 

On le sollicite parfois, au temps des fêtes de famille et des soirées entre amis. Il recèle en son sein la convivialité dans son plus simple appareil : un assortiment de verres à pied, des bouteilles de liqueur et quelques amuse-gueules conservés dans de petits pots de verre…

 

Une fois les festivités consommées, il retrouve son immobilité vigilante ; à peine s’autorise-t-il enfin à reprendre son souffle et, malgré lui, laisse échapper une plainte, le léger grincement d’un gond mal huilé.

 

Il est l’homme debout, silencieux et digne.

 


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jeu.

23

mai

2013

Ma narratrice

Elle m’a parlé d’ailleurs. Elle m’a parlé de l’odeur des épices, de la couleur des fruits gorgés de sucre sur l’étal des marchés, de la lumière des matins blancs au-delà des côtes déchiquetées. Elle m’a bercé au bruit des vagues, au son des instruments sur la petite place du village, et à la musique des voix mêlées.

 

Elle, c’est ma narratrice, le personnage qui chemine à mes côtés. Une fois par semaine, pendant deux heures, ce personnage prend chair, et me donne à entendre, à voir, à sentir, à goûter et à toucher le récit de ses voyages. Ses mots se joignent aux photos qu’elle expose sur la table entre nous, comme autant de fenêtres ouvertes sur l’ailleurs. 

 

Le reste du temps, soit six jours et vingt-deux heures, elle embarque dans ma tête, passager clandestin de mes pensées. Elle se met en scène pour moi, malgré moi, sur le théâtre de ses aventures exotiques. Elle m’invite à y prendre part, à monter sur les planches avec elle. J’ai envie de la rejoindre, je crois ; mais ne risquerais-je pas de m’y perdre, à vivre ainsi par procuration ?  

 


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lun.

20

mai

2013

Ecrire pour soi

Tu t’installes en tailleur devant la petite table basse. L’ordinateur est ouvert devant toi, la page numérique est blanche, offerte. Angoissante parfois, souvent excitante, porteuse d’une promesse de renouveau, mille possibilités esquissées en filigrane. 


De la cuisine monte une douce odeur de noisette grillée, le café infuse goutte à goutte ; bientôt tu te lèveras pour récupérer la tasse trop chaude et la rapatrier au salon. Tu te brûleras les doigts. Tu te sentiras en vie.

Pour l’heure, tu mets de la musique, toujours la même. Archive ou Antimatter. Les boucles lancinantes du trip-hop autorisent ta pensée à se déployer hors d’elle-même, à tisser un réseau d’images et de mélodies inédites.

 

Tu allumes une cigarette, bien sûr. Tu n’en as pas vraiment envie, mais elle fait partie du rituel. Peut-être te légitime-t-elle dans ta posture d’écrivain ?

Et puis, les mots viennent. Souvent, ce sont ceux que tu attends le moins. Des mots d’amour, quand tu n’aspires qu’à l’action. Des mots simples, décomplexés, alors que tu t’aimerais spirituel. Des mots d’urgence, alors que c’est dimanche matin et que rien ne presse.

Les mots se mêlent par affinités, et deviennent des phrases. Déjà, le récit est en place, qui ne t’appartient plus.

 


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